Des peaux aiment 

Dans les vallons entrelacés
Le roux de l'automne s'étale
au noir des arbres écartelés
Perdus dans la lumière pâle.

Silence. Les âmes nues promènent
le lourd fardeau des souvenirs
fantômes sans boulet ni chaîne
dans la maison du repentir.

Un petit vent révolutionne
l'ordre immuable du temps
tandis que les plantes frissonnent
au gré de ses désirs latents.

J'aime entendre la musique
le temps lent des violons
se mêlant au pinceau critique
du peintre sur la couleur de fond.

Sur cette toile aux mille feux
j'ai trouvé au son de la terre
la lumière crue des dieux
bruit, odeur, goût des chimères.

Mère de l’art

 

 

Il tombait de jour-là une pluie monotone.

Attachées dans le dos ses mains moites de none

Inquisition avide de sang pur à verser

De son pêcher d’amour doit punir pour expier.

 

Elle monte au bûcher cette femme rebelle

Et les flammes se jouent de la pluie qui martèle

Le ciel avait pourtant choisi de l’épargner

Homme dans ta folie tu n’as su l’écouter.

 

Entendez son silence, elle est pâle et sereine

Le futur nous dira qu’elle était une reine

Reine de liberté, il vivra ton bâtard

Pour relever la flamme celle noble de l’art.

 

Elle a aimé, oh oui ! Elle a donné son âme

A un homme, mon Dieu ! Quelle honte infâme !

 None parjure, mère, femme dépravation

Monte sur le bûcher pour un dieu d’illusion.

Apocalypse

 

La nature ne se laisse pas dévoiler.
Furieuse, à la naissance du monde
débridée
dans la voie lactée nébuleuse
elle attendait.
Elle attendait on ne sait quoi.
On ne sait qui.
Peut-être attendait-elle l’homme ?​
Ainsi, son destin fut scellé,
intimement lié à son futur dictateur.
Mystérieuse au grand jour, la nuit la fait sorcière
sur cette terre où tout trépasse.​
L’homme
gonflé d’agitation
prédateur ridicule
orgueilleux sans vergogne
Se fit assassin.
Il construisit des villes.
Il creusa des canaux;
salit les nappes phréatiques.
Alors les maisons s’étalèrent
comme des punaises
accrochées au tableau
entre l’eau et le ciel.
Au loin, la mer attend.
La mer attend son heure.
Son heure prédite, inévitable.
Le temps de la reconquête.

​l'homme dort tranquille

​sous ses petits toits rouges

ou noirs

à l’abri de ses façades blanches.
Blanches comme le visage de la peur.
La peur qui gît
au fond de lui.
La peur qui le fait abîmer la nature,
encore et encore
ouvrir des plaies avec ses machines.
Il lui faut du grain à moudre.
Il lui faut oublier de penser.
Oublier que la nature mystérieuse
ne se laisse point dévoiler
au grand jour.
Elle travaille en cachette
comme les grands ruisseaux
à peine dégelés
à la fonte des neiges .
Et les maisons se multiplient.
L’empire de l’homme s’étale
tandis que grandit sa peur.
Sa frénésie constructrice,
sa destructrice folie
ne sont que des façades.
Des façades blanches.
Blanches comme la peur.
L’éternelle peur de mourir.